Faut-il arrêter de prendre l'avion pour le changement climatique ?

Faut-il arrêter de prendre l'avion pour le changement climatique ?
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Le nombre de vols dans le monde ne cesse de croître. Vous vous posez peut-être l'une de ces questions : Peut-on continuer de voler autant ? Combien émet vraiment un avion ? Quels sont les carburants de substitution ? Quelles alternatives à l'avion ? Nous allons tâcher d'y répondre dans cet article.

Combien de Co2 émet un avion ?

Rappel des objectifs climatiques

Avant de parler des émissions carbone qu'émet un avion, revenons sur les objectifs fixés pour atteindre la neutralité carbone en 2050. Pour limiter la hausse de température à 2° (les accords de Paris), nous devons rapidement baisser la consommation annuelle de Co2 par personne à maximum 2 tonnes. Pour rappel, aujourd'hui, nous en émettons approximativement 10. Autrement dit, nous allons devoir diviser par 5 nos émissions et cela en moins de 30 ans. Le défi est colossal.

Des émissions de Co2, il y en a, directement ou indirectement dans tous nos actes de consommation : alimentation, shopping, mobilité, logement, etc.

Et l'avion dans tout ça ?

L'avion n'est évidemment pas épargné. Un avion consomme en moyenne 13 000 litres de kérosène par heure et émet donc de grandes quantités de gaz à effet de serre (notamment du Co2, du méthane et du dioxyde d'azote).

Le simulateur de l'Ademe, Datagir, permet d'estimer l'empreinte carbone pour le transport. Alors, l'avion est-il le pire des moyens de transport ? Oui et Non. En tout cas, il est loin d'être le meilleur.

Résultat pour 1000 kms parcourus, et ce, sans prendre en compte le forçage radiatif (on vous explique cela tout en bas de l'article)

Comme le montre le simulateur 👆, à distance égale, prendre une voiture thermique seule est plus polluant que prendre l'avion.

Ce graphique permet quand même de se rendre compte à quel point le train est bien meilleur que l'avion ou la voiture (le nucléaire n'y est pas pour rien).  

⚠️ Information à avoir en tête en lisant ces chiffres : ces données ne prennent pas en compte la construction des véhicules (voiture, vélo, batterie, train, avion...) et la construction des infrastructures (routes, rails, aéroports...). Cela n'est pas négligeable.

Le problème de l'avion est qu'il permet de faire de grandes distances en peu de temps (900 km par heure) et qu'il devient donc un moyen de transport privilégié pour les destinations éloignées. Partir 10 jours en Thaïlande serait bien plus compliqué autrement. L'avion accentue les distances que nous parcourons et notre impact sur le climat en même temps.  

Un aller-retour de Paris à New York (12 000 kms) émet environ 1 tonnes de Co2, quand un aller-retour à Sydney émet 3.4 tonnes de Co2. Nous rappelons ici qu'il ne faudra pas émettre plus de 2 tonnes par an et par personne.

Pour conclure sur ces chiffres, il faut se rendre à l'évidence, l'avion semble difficilement conciliable avec nos ambitions climatiques. C'est pourquoi nous encourageons chacun à l'éviter au maximum. Chaque dixième de degré compte !

Peut-on remplacer le kérosène ?

Si les avions sont si émetteurs aujourd'hui, vous vous demandez peut-être si une solution alternative vous permettra de continuer à prendre l'avion à l'avenir.

Bonne question ! C'est vrai que sur le papier, les éoliennes et les panneaux solaires sont supposés remplacer les centrales à charbon. Les voitures électriques sont censées remplacer les voiture thermique. Bref, des solutions technologiques (imparfaites) existent. Qu'en est-il pour l'avion ?

Par définition, un avion, ça vole ! Il lui faut donc une énergie condensée qui lui permette d'avoir une efficacité suffisante pour voler.  Par exemple, si on équipait un avion de batteries, il serait bien trop lourd pour voler ! Et c'est la raison pour laquelle il est assez compliqué d'atteindre un résultat encourageant dans ce secteur.

Dans les énergies alternatives, on parle souvent des avions à hydrogène ou qui utiliseraient des biocarburants. Si cela est techniquement possible, la fabrication de ces énergies n'est pas sans difficulté.

Par exemple, pour remplacer 100% du kérosène utilisé par les avions à Charles du Gaulle (et CDG uniquement !!), il faudrait environ 80 000 éoliennes* dédiées pour produire cet hydrogène de substitution (en passant par l'électrolyse de l'eau). A titre de comparaison, il y a actuellement 8 000 éoliennes sur tout le territoire français.

Si vous préférez les données avec du nucléaire, il faudrait environ 50 réacteurs nucléaires pour faire voler les avions de Charles de Gaulle (il y en a 56 en France).

Et si je plante des arbres quand je vole ?

Voilà une (fausse) bonne idée et pourtant assez répandue puisqu'une grande partie des compagnies aériennes proposent désormais de compenser les trajets. C'est d'ailleurs assez facile : un clic et quelques euros plus tard et le monde est sauvé (enfin, surtout notre conscience personnelle).

S'il faut évidemment planter des arbres pour favoriser la biodiversité, les arbres ne pourrons pas ralentir le réchauffement climatique. Si vous souhaitez comprendre le problème lié à la compensation, nous vous encourageons à lire cet article.

Retenez que les émissions carbones ne s'annulent pas aussi facilement que ça (sinon, nous ne saurions pas là à en parler).

Conclusion

Si vous êtes sensible au sujet du réchauffement climatique, ou bien si vous souhaitez atténuer les conséquences que risquent de subir environ 3 milliards de personnes sur Terre, alors il n'y a qu'une seule décision à prendre aujourd'hui : limiter l'avion.

C'est la raison pour laquelle, chez Ekip, nous avons décidé qu'aucun collaborateur ne pourra prendre l'avion dans le cadre de l'entreprise.

Heureusement, il sera toujours possible de voyager et de découvrir le monde autrement, plus lentement. La société Sailcoop permet de voyager en bateau grâce au vent... quand le train permet de traverser les terres. Finalement, la seule solution, c'est le slow travel.


🛫 Qu'est-ce le forçage radiatif ? Faut-il le compter ? 🛫

La combustion du kérosène crée des traînées et perturbe les cycles d’autres gaz que les gaz à effet de serre telle que la vapeur d'eau. C'est ce qu'on appelle le forçage radiatif additionnel. Les traînées sont notamment visibles à l'œil nu (les traces blanches derrière un avion). Or, la vapeur d'eau (ou plus largement le forçage radiatif) a également un effet court-terme sur le réchauffement, que certains prennent en compte dans les calculs.

Toutefois, nous ne pensons pas qu'il soit juste et judicieux d'inclure le forçage radiatif dans des éléments de comparaison car l'incertitude de leur impact est très élevée et la durée de leur impact ne semble pas dépasser quelques jours contrairement aux gaz à effet de serre qui durent des années.

🤓 Calcul sur la quantité d'éoliennes pour les avions de CDG 🤓

Voici le détails du chiffre à propos du nombre d'éoliennes nécessaires pour faire décoller tous les avions de CDG :

Il y a 500 000 avions qui décollent de Charles de Gaulle tous les ans. La distance moyenne parcourue par un avion est de 2 400 km. A 13 000 litres de kérosène par heure et à 900 km/h, cela donne une consommation totale de 17.3 milliards de litres de kérosène par an (ou 205 twh).

Pour produire un carburant de substitution comme le dihydrogène (souvent appelé hydrogène), il y a des pertes d'énergie, estimées entre 30 et 40%, via l’électrolyse de l’eau par exemple. Il faut donc environ 340 twh d’énergie électrique pour produire l'équivalent du kérosène utilisé aujourd'hui.

Les 8 000 éoliennes ont produit 34 twh en France en 2020. Il faut donc multiplier par 10 leur nombre pour atteindre les 340 twh nécessaires. De leur côté, les 56 réacteurs nucléaires ont produit 410 twh. On peut donc estimer avoir besoin d'environ 50 réacteurs pour faire voler les avions de CDG.